le déni

Quelles émotions, quelles étapes sur la courbe du deuil vit un salarié quand il est licencié ? Interrogeons ces instants vertigineux qui deviennent parfois fertiles. Aujourd’hui : le déni.
« Cela ne peut pas m’arriver à moi »
Une fois sorti du bureau du manager, l’air devient plus respirable, mais on a le souffle court. « Ce n’est pas possible, ils ont dû se tromper de personne ». On ne se rend pas compte que le déni s’est installé, pour gagner du temps, pour se protéger. Pourtant, on balaye du regard son bureau qu’on aime tant, qui était comme un ventre accueillant, et on pense à des choses idiotes comme : « comment je vais ramener ces plantes chez moi ? ». Il est question de déménagement forcé, effectivement.
On se raccroche aux poètes, aux écrivains et nous revient en mémoire, telle une bouée, la phrase de la poétesse Anaïs Nin « Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont mais telles que nous sommes. ». On ne sait plus qui on est, la réalité est comme un drap troué, on voit à travers des parcelles déchirées, son bureau, ses affaires, comme si l’on regardait la pièce à travers des pièces de monnaie.
Il a été convenu que l’on devait rester au bureau jusqu’à l’entretien préalable au licenciement prévu une semaine après, mais pour quoi faire ? On tente de rassembler ses idées : rien n’en ressort. Blanc absolu. On quitte son bureau, « allez on verra demain, ce n’est pas si grave ». On n’a pas encore réalisé que c’était acté, on ne reviendra plus jamais là. La réalité est au pied de la porte, on ne peut pas
l’accueillir, cela voudrait dire reconnaitre cette petite mort et lui laisser une place.