Le choc

par | Avr 1, 2026 | Actualités | 0 commentaires

Quelles émotions, quelles étapes sur la courbe du deuil vit un salarié quand il est licencié ? Interrogeons ces instants vertigineux qui deviennent parfois fertiles. Aujourd’hui : le choc.

« J’ai quelque chose à te dire et cela ne va pas être agréable ».

Cette phrase, quand on vous la dit, on la comprend sans doute immédiatement. : « je vais être licencié » ; Ce qui va advenir, parfois moins. Après, on se concentre sur la bouche de celui qui fait l’annonce, parce que l’on ne comprend plus rien. Les mots résonnent mais n’ont plus de sens. Le manager débite quelque chose, il lit son papier de peur de donner des éléments compromettants pour la société, on le trouve peu humain, on ne le reconnait pas. Les membres sont engourdis, comme paralysés.

On voudrait bien fuir mais on reste prostré sur sa chaise. De marbre. C’est l’état de sidération. Quand tout s’arrête à l’intérieur c’est pour assurer sa survie. Tout fonctionne sauf le sens. Cette phrase « J’ai quelque chose à te dire mais cela ne va pas être agréable » est tout ce que l’on retient des vingt minutes de l’entretien. C’est elle qui restera gravée dans la mémoire.

Le mécanisme de protection psychique fait son travail. Il veut parer à la menace d’effondrement et d’un afflux émotionnel trop intense. Le choc a cela de vertueux qu’il permet de gagner du temps pour s’adapter. Boris Cyrulnik, éminent psychiatre affirme que « Le choc n’est pas l’absence d’émotion, mais un excès que l’esprit retient pour ne pas être submergé. » Rien ne préparait à cela, les projets affluaient, les équipes bien en place. Sans préparation, le choc est d’autant plus fort. On aurait aimé des entretiens préalables, des marques de confiance, de l’aide, on n’a rien eu de tout cela. En rentrant de la pause déjeuner, le couperet est tombé. Oui, l’impression nette de passer à la guillotine. Cette violence…

L’entretien semble durer des heures, on veut fuir mais, en enfant sage, on attend qu’il ait fini son laïus. On se met même à sa place, le pauvre, il a le mauvais rôle. Tout à coup, le silence s’installe, on ne sait plus quoi faire : partir, rester ? On a le sentiment de ne plus avoir de prise sur sa vie. Pensez au cascadeur sans filet dont l’ascension est bloquée, il n’y a plus de chemin possible, sans prise de secours, au-dessus du vide…. La banalisation du licenciement n’empêche pas ces émtions.